Editorial
Texte: Gilles Weber

L'éclipse du féminin

Parler de la place des femmes dans l’histoire de la médecine, c’est évidemment contempler de célèbres figures. Les pionnières des soins Florence Nightingale et Elizabeth Blackwell, la virologue

Françoise Barré-Sinoussi, ou encore l’incontournable radiochimiste Marie Curie, dont il est dit qu’après la mort de son mari, elle éleva seule ses filles tout en menant brillamment de front ses travaux révolutionnaires. Ces portraits de légendes peuvent cependant avoir le travers de nous faire croire que la situation des femmes est solidement établie dans le monde de la recherche. Or pour chacune de ces illustres scientifiques, combien de chercheuses prometteuses ont raccroché leur blouse prématurément dans l’indifférence générale ?

« Choisir, c’est renoncer » disait André Gide. Encore aujourd’hui, pour de nombreuses femmes, trouver l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle se résume à faire un choix : carrière ou enfants. Déjà stigmatisées par des congés maternité considérés comme des « retards » pris dans leur parcours, elles ne bénéficient pas toujours de la même flexibilité que leurs homologues sans enfants, assumant souvent la plus grande partie de la charge mentale liée à la parentalité. Pour certaines, le choix de suspendre leurs travaux, parfois définitivement, s’impose. Ces injustices qui nous semblent dater d’un autre temps sont encore une réalité avec laquelle nombre de scientifiques doivent composer.

Au niveau académique, 57% des postes d’assistant-e doctorant-e sont occupés par des femmes. Cette proportion diminue à 46% au rang postdoctorant, pour finir à 25% au niveau du corps professoral. Malgré tous les efforts engagés jusqu’à présent, le constat est sans appel : dans nos murs, et dans de trop nombreuses institutions encore, les chercheuses se heurtent à un plafond de verre.

Il est vrai que de nouvelles Marie Curie se font connaître régulièrement, comme des exceptions qui confirmeraient la règle. Mais ces quelques histoires remarquables ne doivent pas nous bercer d’une illusoire satisfaction sur l’état du combat pour l’égalité des chances dans la recherche. Les réformes doivent se poursuivre et nous devons redoubler d’efforts pour anticiper et accompagner les carrières féminines. Compte tenu de la contribution des femmes à l’histoire de la médecine jusqu’à présent, il serait plus que judicieux de tout mettre en œuvre pour éviter l’éclipse du féminin dans la recherche. /



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